La discrimination des bien-pensants

D√©bile. CŇďurs confus de bara¬≠goui¬≠neurs. Scep¬≠tiques du Coro¬≠na. Conspi¬≠ra¬≠tion¬≠nistes. Nar¬≠ra¬≠tions com¬≠plot¬≠tistes. Sites de conspi¬≠ra¬≠tion. Cata¬≠lo¬≠gu√©s popu¬≠listes de droite. Sous le camou¬≠flage de la liber¬≠t√© d‚Äôex¬≠pres¬≠sion. Fake News.

(Cita­tions issues de l’heb­do­ma­daire WOXX)

Au Luxem¬≠bourg, aucun m√©dia n‚Äôa √©t√© aus¬≠si com¬≠ba¬≠tif dans la lutte pour l‚Äôin¬≠t√©¬≠gra¬≠tion du genre et contre la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion et pour la recon¬≠nais¬≠sance des droits des LGBTIQA que l‚Äôheb¬≠do¬≠ma¬≠daire WOXX. Bien avant qu‚Äôelle ne fasse par¬≠tie du lan¬≠gage cou¬≠rant, le WOXX, dans la pour¬≠suite de son com¬≠bat pour la recon¬≠nais¬≠sance des exclus et des oppri¬≠m√©s, a pra¬≠ti¬≠qu√© une ortho¬≠graphe sen¬≠sible au genre.

M√™me si les articles alle¬≠mands du WOXX ne suivent pas les direc¬≠tives de la Gesell¬≠schaft f√ľr deutsche Sprache e.V. (GfdS) de la Conf√©¬≠rence des ministres de l‚Äô√©¬≠du¬≠ca¬≠tion et des affaires cultu¬≠relles et du ministre d‚Äô√Ȭ≠tat √† la culture, elle traque n√©an¬≠moins l‚Äôexor¬≠ci¬≠sa¬≠tion des formes les plus sub¬≠tiles de dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion sexuelle jus¬≠qu‚Äôaux racines lexi¬≠cales et gram¬≠ma¬≠ti¬≠cales des mots.

Dans son orien¬≠ta¬≠tion fon¬≠da¬≠men¬≠tale, WOXX d√©fend donc les prin¬≠cipes lin¬≠guis¬≠tiques et phi¬≠lo¬≠so¬≠phiques du GfdS publi√© par DUDENVerlag :

Cela est impor¬≠tant car la langue d√©ter¬≠mine la pen¬≠s√©e et aus¬≠si la conscience des gens ; la langue ne refl√®te pas seule¬≠ment la r√©a¬≠li¬≠t√©, elle la cr√©e aus¬≠si. (Eich¬≠hoff-Cyrus, 2004)

A la lec¬≠ture des articles de WOXX, on pen¬≠se¬≠rait n√©an¬≠moins que les r√©flexions sur la por¬≠t√©e de la d√©ter¬≠mi¬≠na¬≠tion de la r√©a¬≠li¬≠t√© par le lan¬≠gage sont dis¬≠til¬≠l√©es avec la plus grande insou¬≠ciance au plus petit et plus radi¬≠cal d√©no¬≠mi¬≠na¬≠teur com¬≠mun. Dans une id√©o¬≠lo¬≠gie post-moderne √©cu¬≠l√©e, seul le lan¬≠gage semble cr√©er la r√©a¬≠li¬≠t√© pour nos guer¬≠riers natio¬≠naux du genre.

Il semble donc d‚Äôau¬≠tant plus sur¬≠pre¬≠nant que les jour¬≠na¬≠listes du WOXX, qui aiment √† s‚Äôautoproclamer ¬ę cri¬≠tiques ¬Ľ, pra¬≠tiquent eux-m√™mes sys¬≠t√©¬≠ma¬≠ti¬≠que¬≠ment la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion lan¬≠ga¬≠gi√®re qu‚Äôils cri¬≠tiquent chez leurs adversaires.

En admet¬≠tant que le lan¬≠gage cr√©e la r√©a¬≠li¬≠t√©, il fau¬≠drait pen¬≠ser que les juge¬≠ments st√©¬≠r√©o¬≠ty¬≠p√©s comme ¬ę d√©bile ¬Ľ, ¬ę th√©o¬≠ri¬≠cien du com¬≠plot ¬Ľ ou ¬ę popu¬≠liste de droite ¬Ľ cr√©ent √† leur tour une r√©a¬≠li¬≠t√© de m√©pris, de dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion morale et de vio¬≠lence sym¬≠bo¬≠lique. Dans la lutte pour la jus¬≠tice de genre et dans la cri¬≠tique osten¬≠sible de la gauche, la lutte contre la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion peut tr√®s bien √™tre com¬≠pa¬≠tible avec le d√©ni¬≠gre¬≠ment agres¬≠sif et la dif¬≠fa¬≠ma¬≠tion des autres.

On pour¬≠rait pen¬≠ser que pour les jour¬≠na¬≠listes du WOXX toute forme de dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion, toute forme de vio¬≠lence sym¬≠bo¬≠lique n‚Äôest pas inad¬≠mis¬≠sible. La dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion, l‚Äôhu¬≠mi¬≠lia¬≠tion et les injures √† l‚Äôen¬≠contre de groupes enne¬≠mis semblent tout √† fait per¬≠mises, et peut-√™tre m√™me sou¬≠hai¬≠tables en tant que ¬ę critiques ¬Ľ.

En pour¬≠sui¬≠vant cette id√©e, il fau¬≠drait pen¬≠ser que ces com¬≠bat¬≠tants de la liber¬≠t√© ne sont pas concer¬≠n√©s par une cri¬≠tique de la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion, de l‚Äôi¬≠n√©¬≠ga¬≠li¬≠t√© et de la vio¬≠lence sym¬≠bo¬≠lique en g√©n√©¬≠ral, mais par la dis¬≠tinc¬≠tion entre une bonne et une mau¬≠vaise dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion. La mau¬≠vaise dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion est celle qui frappe le propre groupe, la bonne est celle qui est admi¬≠nis¬≠tr√©e aux groupes sup¬≠po¬≠s√©s enne¬≠mis. Some ani¬≠mals are more equal ‚Ķ

La suspicion générale des bien-pensants

Pour¬≠quoi la cri¬≠tique de la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion se trans¬≠forme-t-elle si r√©gu¬≠li√®¬≠re¬≠ment en pra¬≠tique de la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion contre ceux qui pensent dif¬≠f√©¬≠rem¬≠ment ? D√©fi¬≠nis¬≠sions d‚Äôabord la signi¬≠fi¬≠ca¬≠tion de la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion. La dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion, selon le socio¬≠logue alle¬≠mand et cher¬≠cheur en mati√®re de dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion Albert Scherr, consiste :

a) dans la construc¬≠tion sociale et l‚Äôu¬≠ti¬≠li¬≠sa¬≠tion de sys¬≠t√®mes de clas¬≠si¬≠fi¬≠ca¬≠tion qui peuvent √™tre carac¬≠t√©¬≠ri¬≠s√©s comme des construc¬≠tions de la dif¬≠f√©¬≠rence, qui b) dis¬≠tinguent des cat√©¬≠go¬≠ries de groupes (par exemple, des ¬ę groupes ¬Ľ natio¬≠naux, reli¬≠gieux et √©thiques) et dis¬≠tingue des cat√©¬≠go¬≠ries de per¬≠sonnes (par exemple, handicap√©s/non han¬≠di¬≠ca¬≠p√©s ; d√©fa¬≠vo¬≠ri¬≠s√©s sur le plan √©ducatif/√©duqu√©s ; enfants/adultes). handicap√©s/non han¬≠di¬≠ca¬≠p√©s ; d√©fa¬≠vo¬≠ri¬≠s√©s sur le plan √©ducatif/√©duqu√©s ; enfants/adultes), qui c) sont li√©s √† des id√©es socia¬≠le¬≠ment cons√©¬≠quentes sur des carac¬≠t√©¬≠ris¬≠tiques sup¬≠po¬≠s√©es typiques ain¬≠si que d) des hypo¬≠th√®ses sur la simi¬≠li¬≠tude et l‚Äô√©¬≠tran¬≠ge¬≠t√©, la proxi¬≠mi¬≠t√© et la dis¬≠tance, l‚Äôap¬≠par¬≠te¬≠nance et la non-appar¬≠te¬≠nance, et e) notam¬≠ment sur les posi¬≠tions appro¬≠pri√©es dans la struc¬≠ture des hi√©¬≠rar¬≠chies sociales (rela¬≠tions de pou¬≠voir, in√©ga¬≠li¬≠t√©s socio-√©co¬≠no¬≠miques, hi√©¬≠rar¬≠chies de prestige). 

(Scherr, A., El-Mafaa¬≠la¬≠ni, A., & Y√ľk¬≠sel, G., 2017, p. 44)

La dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion sociale doit √©vi¬≠dem¬≠ment √™tre com¬≠prise de mani√®re bien plus large que l‚Äôex¬≠clu¬≠sion sp√©¬≠ci¬≠fique des genres. La pen¬≠s√©e et l‚Äôa¬≠gir dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠toires ont tou¬≠jours lieu lorsque des clas¬≠si¬≠fi¬≠ca¬≠tions de groupes et de per¬≠sonnes sont construites avec des reven¬≠di¬≠ca¬≠tions iden¬≠ti¬≠taires qui imposent des d√©sa¬≠van¬≠tages, des humi¬≠lia¬≠tions, des d√©gra¬≠da¬≠tions ou des humi¬≠lia¬≠tions aux autres. Cela inclut bien s√Ľr, et au pre¬≠mier plan, le m√©pris mora¬≠li¬≠sa¬≠teur des membres de groupes √©tran¬≠gers et d‚Äôen¬≠ne¬≠mis pr√©¬≠sen¬≠t√©s comme for¬≠mant des ensembles de per¬≠sonnes homo¬≠g√®nes (voir Luh¬≠mann, 2016).

La ¬ę pen¬≠s√©e nuan¬≠c√©e ¬Ľ que Luc Care¬≠ga¬≠ri √©voque dans son court article sur ¬ę l‚Äôaffaire Wick¬≠ler ¬Ľ et le site d‚ÄôExpres¬≠sis-Ver¬≠bis √† l‚Äôencontre du ¬ę mains¬≠tream media bashing, des fan¬≠tasmes sta¬≠tis¬≠tiques et aus¬≠si les contem¬≠po¬≠rains vac¬≠ci¬≠no-scep¬≠tiques ‚Äď jus¬≠qu‚Äôaux anti¬≠vax ¬Ľ (Care¬≠ga¬≠ri, 2021) se situe en effet aux anti¬≠podes de la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion. Dom¬≠mage que Care¬≠ga¬≠ri lui-m√™me ne pra¬≠tique pas ces nuances qu‚Äôil exige des autres. (Une omis¬≠sion faci¬≠li¬≠t√©e par l‚Äôignorance com¬≠pl√®te des textes soi-dis¬≠tant cri¬≠ti¬≠qu√©s.) Car dis¬≠cri¬≠mi¬≠ner signi¬≠fie aus¬≠si pro¬≠c√©¬≠der par oppo¬≠si¬≠tions binaires, afin de s√©pa¬≠rer le propre groupe, res¬≠pec¬≠t√©, des groupes √©tran¬≠gers m√©pri¬≠s√©s. Bien √©vi¬≠dem¬≠ment, si l‚Äôon res¬≠treint, comme semblent le pra¬≠ti¬≠quer les jour¬≠na¬≠listes du WOXX, la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion de mani√®re th√©¬≠ma¬≠tique √† l‚Äô√©gard des propres posi¬≠tions, l‚Äôon peut ais√©¬≠ment et sans aucune dis¬≠so¬≠nance cog¬≠ni¬≠tive dis¬≠cri¬≠mi¬≠ner les groupes √©tran¬≠gers au nom de l‚Äôu¬≠ni¬≠t√© sociale.

La force des moti¬≠va¬≠tions psy¬≠cho¬≠lo¬≠gique der¬≠ri√®re de telles exclu¬≠sions ne doit cer¬≠tai¬≠ne¬≠ment pas √™tre sous-esti¬≠m√©e. C‚Äôest ce que montrent l‚Äôa¬≠gres¬≠si¬≠vi¬≠t√© lan¬≠ga¬≠gi√®re et les sou¬≠dains chan¬≠ge¬≠ments de posi¬≠tion. Ain¬≠si, le cri¬≠tique gau¬≠chiste semble sou¬≠dai¬≠ne¬≠ment s‚Äôin¬≠qui√©¬≠ter de la r√©pu¬≠ta¬≠tion inter¬≠na¬≠tio¬≠nale d‚Äôune com¬≠pa¬≠gnie a√©rienne natio¬≠nale lors¬≠qu‚Äôil s‚Äôa¬≠git de d√©ni¬≠grer les soi-disant ¬ę scep¬≠tiques de Coro¬≠na ¬Ľ (pour peu qu‚Äôune telle for¬≠mule ait une quel¬≠conque signi¬≠fi¬≠ca¬≠tion). Apr√®s tout, avant de se pro¬≠fi¬≠ler comme vaillant d√©fen¬≠seur des entre¬≠prises pri¬≠v√©s de l‚Äô√Ȭ≠tat, Care¬≠ga¬≠ri aimait √† poser comme comme membre du R√©seau inter¬≠na¬≠tio¬≠nal de jour¬≠na¬≠listes d‚Äôin¬≠ves¬≠ti¬≠ga¬≠tion (ICJS), tra¬≠vaillant sur les enche¬≠v√™¬≠tre¬≠ments poli¬≠tiques et √©co¬≠no¬≠miques du Luxem¬≠bourg dans les affaires de cor¬≠rup¬≠tion des Pana¬≠ma Papers. Soyons cer¬≠tains que la conver¬≠sion tacite du cri¬≠tique de la cor¬≠rup¬≠tion natio¬≠nale en patriote √©co¬≠no¬≠mique t√©moigne moins d‚Äôun nou¬≠vel amour de la patrie, que de l‚Äôar¬≠bi¬≠traire oppor¬≠tu¬≠niste d‚Äôune condam¬≠na¬≠tion g√©n√©¬≠ra¬≠li¬≠s√©e sans argument.

Un tel bas¬≠cu¬≠le¬≠ment de la lutte pour la recon¬≠nais¬≠sance des oppri¬≠m√©s √† l‚Äôof¬≠fen¬≠sive sys¬≠t√©¬≠ma¬≠tique d‚Äôex¬≠clu¬≠sion de groupes √©tran¬≠gers ne carac¬≠t√©¬≠rise n√©an¬≠moins pas seule¬≠ment la sp√©¬≠ci¬≠fi¬≠ci¬≠t√© id√©o¬≠lo¬≠gique du WOXX. Elle s‚Äôins¬≠crit encore dans la logique g√©n√©¬≠rale du nou¬≠vel acti¬≠visme du lan¬≠gage genr√©.

Le chan¬≠ge¬≠ment de la cri¬≠tique de la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion en dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion active se nour¬≠rit des ph√©¬≠no¬≠m√®nes bien connus de coh√©¬≠sion de groupe (les liens √©mo¬≠tion¬≠nels du ¬ę sen¬≠ti¬≠ment d‚Äôap¬≠par¬≠te¬≠nance ¬Ľ), de la pres¬≠sion confor¬≠miste qui en r√©sulte et du cal¬≠cul int√©¬≠res¬≠s√© des propres avantages.

√Ä quoi sert la discrimination ?

Bien enten¬≠du, il n‚Äôexiste pas r√©ponse concluante √† la ques¬≠tion du ¬ę pour¬≠quoi ¬Ľ de la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion. Il est pos¬≠sible cepen¬≠dant de s‚Äôappuyer sur une vari√©¬≠t√© de r√©sul¬≠tats de recherche et d‚Äôhypoth√®ses expli¬≠ca¬≠tives. Les nou¬≠veaux gar¬≠diens des v√©ri¬≠t√©s conformes au gou¬≠ver¬≠ne¬≠ment n‚Äôauront √©vi¬≠dem¬≠ment aucun mal √† qua¬≠li¬≠fier de telles sciences (la socio¬≠lo¬≠gie et la psy¬≠cho¬≠lo¬≠gie sociale) de ¬ę th√©o¬≠ries du com¬≠plot ¬Ľ : car il s‚Äôy agit, en effet de ¬ę th√©o¬≠ri¬≠sa¬≠tions ¬Ľ et d‚Äôanalyses por¬≠tant sur des groupes (les ¬ę endo¬≠groupes ¬Ľ favo¬≠ri¬≠s√©s) qui conspirent dans l‚Äôintention de nuire √† d‚Äôautres groupes (les ¬ę exo¬≠groupes ¬Ľ discr√©dit√©s).

La psy¬≠cho¬≠lo¬≠gie sociale empi¬≠rique dis¬≠tingue les pr√©¬≠ju¬≠g√©s de la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion dans la mesure o√Ļ, pour cette der¬≠ni√®re, l‚Äôautre est v√©cu prin¬≠ci¬≠pa¬≠le¬≠ment ou exclu¬≠si¬≠ve¬≠ment comme un membre d‚Äôun groupe. La dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion ‚Äď comme son homo¬≠logue poli¬≠tique, le popu¬≠lisme ‚Äď se nour¬≠rit donc de dis¬≠tinc¬≠tions de groupes : les com¬≠bat¬≠tants de l‚Äô√©galit√© des genres contre les vieux hommes blancs, les per¬≠sonnes res¬≠pon¬≠sables contre les popu¬≠listes de droite, les jour¬≠na¬≠listes cri¬≠tiques contre les th√©o¬≠ri¬≠ciens de la conspi¬≠ra¬≠tion, etc. La dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion dis¬≠cr√©¬≠dite les indi¬≠vi¬≠dus dans la mesure o√Ļ ils peuvent √™tre r√©duits √† leur appar¬≠te¬≠nance √† des groupes, et aux carac¬≠t√©¬≠ris¬≠tiques r√©elles ou ima¬≠gi¬≠naires de ces groupes. (Zick, 2017, p. 62)

Si chez la per¬≠sonne qui pra¬≠tique la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion, les traits per¬≠son¬≠nels tels que le carac¬≠t√®re auto¬≠ri¬≠taire, l‚Äôo¬≠rien¬≠ta¬≠tion vers la domi¬≠nance et la r√©ac¬≠tion √† une bles¬≠sure per¬≠son¬≠nelle jouent un r√īle √©mi¬≠nent, il ne faut pas sous-esti¬≠mer les moti¬≠va¬≠tions socio-psychologiques.

Ain¬≠si, la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion peut ser¬≠vir √† faire valoir et √† √©tendre des res¬≠sources rares ‚Äď par exemple des lec¬≠teurs, l‚Äôattention, la cr√©¬≠di¬≠bi¬≠li¬≠t√©, la recon¬≠nais¬≠sance, les abon¬≠n√©s, les res¬≠sources finan¬≠ci√®res ou les sub¬≠ven¬≠tions de l‚Äô√Čtat etc. ‚Äď contre d‚Äôautres groupes (th√©o¬≠rie du conÔ¨āict de groupe r√©a¬≠liste, Levine & Camp¬≠bell). Dans ce cas, une menace r√©elle ou per¬≠√ßue est mobi¬≠li¬≠s√©e ou m√™me construite ‚Äď sou¬≠vent sous forme d‚Äôau¬≠to¬≠d√©¬≠fense des ¬ę bons ¬Ľ ‚Äď afin de l√©gi¬≠ti¬≠mer la d√©va¬≠lua¬≠tion des autres et de s‚Äôas¬≠su¬≠rer des ressources.

La dimen¬≠sion grou¬≠pale sp√©¬≠ci¬≠fique √† la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion peut √©ga¬≠le¬≠ment √™tre d√©ri¬≠v√©e du ph√©¬≠no¬≠m√®ne de l‚Äôi¬≠den¬≠ti¬≠t√© sociale (th√©o¬≠rie de l‚Äôi¬≠den¬≠ti¬≠t√© sociale, Taj¬≠fel & Tur¬≠ner). L‚Äôap¬≠par¬≠te¬≠nance √† un groupe consti¬≠tue g√©n√®re une estime de soi col¬≠lec¬≠tive, au sein de laquelle se forme l‚Äôi¬≠den¬≠ti¬≠t√© du groupe. La dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion √† l‚Äô√©¬≠gard des autres sert d√®s lors √† ren¬≠for¬≠cer sa propre iden¬≠ti¬≠t√©. Ce que l‚Äôon appelle la pen¬≠s√©e de groupe (Janis, 1972), et qui para¬≠doxa¬≠le¬≠ment pro¬≠duit un confor¬≠misme per¬≠son¬≠nel res¬≠sen¬≠ti comme exp√©¬≠rience d‚Äôi¬≠den¬≠ti¬≠t√© indi¬≠vi¬≠duelle, ins¬≠tru¬≠men¬≠ta¬≠lise la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion et la stig¬≠ma¬≠ti¬≠sa¬≠tion pour com¬≠pen¬≠ser le sen¬≠ti¬≠ment d‚Äôi¬≠na¬≠d√©¬≠qua¬≠tion de chacun.

De m√™me, le motif de la lutte pour le pou¬≠voir en vue d‚Äôune domi¬≠na¬≠tion sociale (th√©o¬≠rie de la domi¬≠na¬≠tion sociale, Sida¬≠ni¬≠nus & Prat¬≠ter) n‚Äôest jamais tota¬≠le¬≠ment absent des pra¬≠tiques d‚Äôex¬≠clu¬≠sion. Ici aus¬≠si, l‚Äôau¬≠to¬≠ri¬≠ta¬≠risme incons¬≠cient ‚Äď √©ga¬≠le¬≠ment chez les cri¬≠tiques de l‚Äôau¬≠to¬≠ri¬≠ta¬≠risme ‚Äď joue un r√īle d√©ci¬≠sif dans la reven¬≠di¬≠ca¬≠tion de la sup√©¬≠rio¬≠ri¬≠t√© du propre groupe.

En r√©su¬≠m√©, on peut affir¬≠mer que les pra¬≠tiques d‚Äôex¬≠clu¬≠sion et la rh√©¬≠to¬≠rique de la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion ont tou¬≠jours cours quand :

la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion (a) peut √©ta¬≠blir l‚Äôap¬≠par¬≠te¬≠nance ou sou¬≠li¬≠gner la dif¬≠f√©¬≠rence et la dis¬≠tance, (b) elle per¬≠met le contr√īle et l‚Äôinfluence, ¬© la dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion explique les contextes sociaux, (d) elle cr√©e la valeur de soi et marque la confiance comme la m√©fiance. 

(Zick, op. cit.)

Une grande par¬≠tie de ce que les jour¬≠na¬≠listes d‚Äôau¬≠jourd‚Äô¬≠hui ¬ę au Luxem¬≠bourg (et ailleurs dans le monde occi¬≠den¬≠tal) ¬Ľ (selon Care¬≠ga¬≠ri, 2021) aiment √† per¬≠ce¬≠voir comme des cri¬≠tiques de la part des soi-disant ¬ę scep¬≠tiques du Coro¬≠na ¬Ľ res¬≠semble √©ton¬≠nam¬≠ment √† une dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion contre des exo¬≠groupes r√©els ou imaginaires.

Que cette dis¬≠cri¬≠mi¬≠na¬≠tion se r√©clame n√©an¬≠moins de l‚Äôu¬≠ni¬≠fi¬≠ca¬≠tion et de la paci¬≠fi¬≠ca¬≠tion sociale, voire de la pen¬≠s√©e nuan¬≠c√©e, montre √† quel point la pen¬≠s√©e et l‚Äôau¬≠to-r√©flexion ont ici √©t√© incons¬≠ciem¬≠ment acca¬≠pa¬≠r√©es par le res¬≠sen¬≠ti¬≠ment de la mora¬≠li¬≠sa¬≠tion identitaire.

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