Quelques réflexions à partir de Joanna Moncrieff
1. Relire le mythe du déséquilibre chimique
En 2022, j’avais consacré un billet à ce que l’on appelle communément le « mythe du déséquilibre chimique ». La publication de plusieurs travaux de synthèse remettait en question une représentation largement diffusée depuis les années 1990 selon laquelle la dépression résulterait principalement d’un déficit en sérotonine ou d’un déséquilibre neurochimique comparable à une maladie endocrinienne.
Ce modèle explicatif a profondément marqué l’imaginaire collectif et semble fournir, jusqu’à ce jour, l’explication biologique type de nombre de « maladies mentales ». Le modèle s’est imposé dans les médias, dans les campagnes d’information, dans les cabinets médicaux et se manifeste encore dans la manière dont de nombreuses personnes aujourd’hui décrivent et comprennent leur propre souffrance.
L’intérêt de cette discussion dépasse donc la seule question de la validité scientifique d’une hypothèse neurobiologique. Elle touche autant à la sociologie du savoir scientifique qu’à une transformation implicite de la conception de la subjectivité. L’histoire des sciences a montré que des modèles explicatifs peuvent acquérir une influence considérable sans que leur fondement empirique soit solidement établi. Les débats contemporains autour de la théorie sérotoninergique offrent un exemple particulièrement instructif de ce phénomène.
Depuis la publication de mon premier texte, ce débat s’est enrichi, même s’il est mené loin du grand public et des journaux. L’ouvrage que la psychiatre anglaise Joanna Moncrieff vient de consacrer à cette question, Chemically Imbalanced : The Making and Unmaking of the Serotonin Myth (2025), constitue probablement la tentative la plus ambitieuse pour retracer la genèse historique de cette représentation biologique. L’objectif du livre dépasse néanmoins la démonstration que l’hypothèse classique du déficit en sérotonine ne résiste pas à l’examen critique des données disponibles. Allant bien plus loin, Moncrieff entreprend d’expliquer comment cette théorie est apparue, comment elle s’est progressivement imposée et surtout pourquoi elle a conservé une telle force de conviction durant plusieurs décennies. Et contrairement à l’avis public, le modèle biochimique ne sort pas simplement du laboratoire, mais relève tout autant du marketing pharmacologique.
Le livre de Moncrieff s’inscrit ainsi dans une problématique largement explorée par la sociologie des sciences depuis Ludwik Fleck, Thomas Kuhn ou Bruno Latour. Ces auteurs ont montré, selon des manières diverses, qu’une hypothèse scientifique n’accède pas au statut d’évidence publique par la seule accumulation de confirmations expérimentales. Elle s’établit progressivement à travers des pratiques de laboratoire, des controverses disciplinaires, des procédures de validation, des classifications institutionnelles et des réseaux de diffusion. Les travaux plus récents des Science and Technology Studies ont prolongé cette perspective en montrant que les savoirs scientifiques et les formes d’organisation sociale se construisent réciproquement.
Moncrieff applique implicitement cette grille d’analyse à l’histoire de l’hypothèse sérotoninergique. Son enquête décrit la trajectoire par laquelle une proposition neurobiologique devient une représentation collective de la souffrance psychique. Entre le laboratoire et le sens commun interviennent des institutions, des intérêts économiques, des stratégies de communication, des classifications diagnostiques, des pratiques professionnelles et des attentes sociales.[1] L’histoire du déséquilibre chimique éclaire ainsi un processus beaucoup plus général, c’est-à-dire celui de la circulation des savoirs scientifiques et de leur transformation en convictions collectives.
Cette perspective me paraît particulièrement féconde parce qu’elle rejoint une interrogation plus ancienne concernant les rapports entre psychiatrie, psychologie et psychanalyse. Depuis la fin du 18ᵉ siècle, la définition de la folie et de la maladie mentale fait l’objet de profondes transformations. Dans Histoire de la folie, Michel Foucault montrait que les catégories psychiatriques ne résultent pas uniquement de découvertes médicales successives. Elles prennent forme à l’intérieur de configurations historiques où se redéfinissent simultanément les institutions, les pratiques de soin, les normes sociales et les modes de constitution du sujet. La psychiatrie ne décrit donc pas simplement un objet qui lui préexisterait, elle participe également à la manière dont cet objet devient pensable.
L’histoire moderne de la souffrance psychique apparaît ainsi comme une succession de modèles explicatifs qui attribuent des significations différentes aux mêmes phénomènes. Certaines approches privilégient les conflits psychiques, l’histoire du sujet et la signification des symptômes. D’autres situent l’origine des troubles dans le fonctionnement cérébral, les neurotransmetteurs ou les mécanismes moléculaires. Ces différentes perspectives ne décrivent pas seulement des objets distincts. Elles proposent également des conceptions différentes de ce qu’est un sujet humain, de ce qui constitue une maladie et des formes de savoir légitimes pour l’expliquer.
C’est précisément à ce niveau que la lecture de Moncrieff prend, me semble-t-il, toute son importance. Son livre ne raconte pas uniquement l’histoire d’une hypothèse scientifique devenue fragile. Il ouvre une réflexion plus large sur les transformations contemporaines de la subjectivité. Une fois cette perspective adoptée, la question change de nature. L’enjeu ne consiste plus seulement à déterminer si la dépression résulte ou non d’un déficit de sérotonine. Mais il devient nécessaire de comprendre comment plusieurs générations ont appris à interpréter leurs émotions, leurs difficultés existentielles et leurs souffrances psychiques à travers le langage de la neurochimie.
Dans cette perspective, le « sujet neurochimique » décrit par Nikolas Rose (2003) apparaît moins comme une innovation radicale que comme une nouvelle configuration historique des rapports entre savoir psychiatrique, pouvoir médical et subjectivité. Là où Foucault analysait les transformations successives de la folie comme objet de savoir, Rose s’intéresse à la manière dont les neurosciences reconfigurent aujourd’hui la compréhension que les individus ont d’eux-mêmes.
2. Joanna Moncrieff et l’histoire d’un modèle scientifique
Depuis les années 1990, et avec une intensification des critiques au cours des années 2000 et 2010, plusieurs auteurs ont mis en évidence les limites empiriques du modèle sérotoninergique. Les travaux de David Healy (1997, 2004), d’Irving Kirsch (2008, 2009), puis la revue systématique publiée par Moncrieff et ses collaborateurs en 2022 ont progressivement fragilisé cette représentation.
L’apport de Chemically Imbalanced se situe ailleurs. Au lieu de revenir une fois de plus sur les arguments biologiques, Joanna Moncrieff entreprend de retracer l’histoire d’une hypothèse devenue progressivement une évidence clinique et culturelle. Son livre déplace ainsi le débat de la neurobiologie vers l’histoire des savoirs.
Une théorie scientifique n’existe jamais sous la seule forme d’un ensemble de résultats expérimentaux. Elle s’inscrit dans un réseau complexe de pratiques de recherche, de classifications diagnostiques, d’intérêts industriels, de décisions réglementaires, de stratégies publicitaires et de représentations culturelles. L’une des forces du livre consiste précisément à montrer que l’histoire de l’hypothèse sérotoninergique ne peut être comprise qu’à partir de cet ensemble.
Moncrieff rappelle d’abord que les premiers antidépresseurs ne sont pas issus d’une connaissance approfondie des mécanismes biologiques de la dépression. Leur découverte s’inscrit dans une modalité classique de l’histoire de la pharmacologie, où l’observation d’effets thérapeutiques précède souvent la compréhension des mécanismes physiopathologiques. Certains composés administrés pour d’autres indications produisent des modifications inattendues de l’humeur qui attirent l’attention des cliniciens. Ce n’est qu’ensuite que la recherche s’efforce d’élaborer un modèle explicatif capable de rendre compte de ces effets.
Cette chronologie possède une importance considérable. Les médicaments précèdent ici la théorie de la maladie. Le récit habituel du progrès biomédical suppose qu’une meilleure compréhension des mécanismes pathologiques permet ensuite de développer des traitements adaptés. Moncrieff montre que l’histoire des antidépresseurs s’est largement déroulée selon une dynamique différente. L’observation d’effets thérapeutiques précède la construction du modèle explicatif chargé de leur donner une cohérence physiopathologique.
L’hypothèse sérotoninergique apparaît dans ce contexte. Elle offre un récit cohérent susceptible d’articuler les observations cliniques, les recherches neurobiologiques et le développement d’une nouvelle génération de psychotropes. Cette cohérence permet ensuite d’intégrer des résultats dispersés dans un même cadre théorique. Elle présente également un avantage pratique, car si la dépression résulte d’un déficit neurochimique, le traitement pharmacologique acquiert une justification simple, immédiatement compréhensible par les médecins et par les patients.
Le succès de cette représentation ne peut cependant pas être expliqué par sa seule élégance conceptuelle. Moncrieff montre que sa diffusion accompagne la montée en puissance des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, l’évolution des classifications psychiatriques et les nouvelles stratégies commerciales de l’industrie pharmaceutique. Ces différents processus se renforcent mutuellement. Les nouveaux antidépresseurs appellent un modèle explicatif susceptible de rendre leur prescription intelligible. Les classifications diagnostiques contribuent à stabiliser les catégories auxquelles ce modèle s’applique. L’industrie pharmaceutique trouve dans cette interprétation biologique un langage simple, facilement communicable aux professionnels de santé comme au grand public.
Les campagnes d’information, les brochures destinées aux patients, la formation médicale continue, les associations de patients et les médias contribuent progressivement à diffuser cette représentation. Une hypothèse élaborée dans le contexte de la recherche neurobiologique acquiert ainsi une existence propre dans l’espace public. Elle cesse progressivement d’apparaître comme une proposition scientifique parmi d’autres pour devenir une manière ordinaire de comprendre la souffrance psychique.
Au fil des années, l’explication neurochimique cesse d’être présentée comme une hypothèse parmi d’autres. Elle devient une manière ordinaire de parler de la souffrance psychique. L’effet en est que les patients expliquent leur dépression par un manque de sérotonine et que les journalistes la présentent comme un acquis de la recherche. Une proposition scientifique relativement circonscrite et hautement problématique se transforme ainsi en catégorie du sens commun.
Moncrieff montre comment une hypothèse scientifique acquiert progressivement une existence sociale autonome. À partir d’un certain moment, sa diffusion ne dépend plus uniquement des débats qui traversent la littérature spécialisée, mais en vient à s’inscrire dans des pratiques médicales, des politiques de santé publique et les représentations ordinaires de la maladie.
Son analyse possède donc un intérêt méthodologique plus général. Moncrieff rappelle qu’une théorie scientifique doit être étudiée à deux niveaux distincts. Le premier concerne sa validité empirique et le second porte sur sa trajectoire historique. Ces deux dimensions entretiennent des rapports complexes : une hypothèse peut largement être diffusée alors que son statut scientifique demeure discuté. Inversement, des résultats solides peuvent rester longtemps confinés à la littérature spécialisée. Ce qu’illustre l’histoire du désquilibre chimique, c’est cette relative autonomie entre la dynamique des preuves et la dynamique des croyances collectives.
C’est précisément sur ce point que la réflexion de Moncrieff ouvre une perspective qui dépasse largement l’histoire de la psychiatrie biologique. Son enquête invite à s’interroger sur les conditions sociales qui permettent à une théorie scientifique de devenir un principe d’interprétation de soi. Comment une hypothèse portant sur le fonctionnement des neurotransmetteurs finit-elle par modifier la manière dont les individus comprennent leurs émotions, leur personnalité ou leur histoire ?
3. Du mythe scientifique au sujet neurochimique
L’histoire reconstruite par Joanna Moncrieff éclaire les conditions institutionnelles, médicales et économiques de cette diffusion. Mais elle ne nous renseigne pas sur les raisons pour lesquelles cette représentation de la souffrance psychique a trouvé un tel écho dans les sociétés contemporaines ?
Cette question conduit naturellement vers les analyses de Nikolas Rose, qui déplacent la discussion du terrain de la psychiatrie vers celui de la sociologie de la subjectivité contemporaine.
Dans un article devenu classique, intitulé « Neurochemical Selves » (2003), Rose ne s’intéresse pas à déterminer si la théorie sérotoninergique est en effet scientifiquement exacte. La question qui l’intéresse est d’une autre nature. Comment en sommes-nous venus à nous penser comme des êtres neurochimiques ? Comment avons-nous appris à interpréter la tristesse, l’anxiété, l’impulsivité ou le manque d’énergie à travers le langage des neurotransmetteurs ?
Le changement de perspective est considérable. Si Moncrieff raconte l’histoire d’une théorie scientifique, Rose s’interroge sur les effets anthropologiques de cette théorie. L’objet de la réflexion n’est donc plus la dépression, mais le sujet lui-même.
Une théorie scientifique agit rarement uniquement sur les pratiques médicales. Elle transforme également les catégories à partir desquelles une société décrit l’expérience humaine. Les individus finissent par emprunter le langage de la science pour parler d’eux-mêmes et, de fil en aigulle, les émotions en deviennent des déséquilibres neurochimiques. De même, les difficultés relationnelles sont rapportées à un dysfonctionnement cérébral et les variations de l’humeur prennent la forme d’anomalies biologiques qu’il convient d’identifier et de corriger. En résumé, c’est toute la phénoménologie spontanée et la conception de soi du sujet qui changent avec la propagation du modèle neurobiologique.
Les individus adoptent progressivement un vocabulaire dans lequel le cerveau devient le véritable sujet des verbes psychologiques. Concrètement on ne dit plus « je souffre », « je désire », « je suis partagé », comme on le faisait encore dans les entretiens psychanalytiques. On dira désormais : « mon cerveau dysfonctionne », « ma dopamine est basse », « mes neurotransmetteurs sont déséquilibrés ». Le déplacement paraît anodin, peut-être, mais il modifie profondément la structure même de l’expérience personnelle. Car à ce moment, le « je » cesse d’apparaître comme le lieu du penser, du sentir et du vouloir. Et ses fonctions sont progressivement attribuées au cerveau lui-même. Le sujet de l’expérience devient ainsi un objet, un organe biologique.
Cette évolution possède une portée culturelle qui dépasse largement la psychiatrie. Toute la tradition phénoménologique, herméneutique et psychanalytique considère que l’expérience est celle d’un sujet et non d’un organe, d’un objet, même vivant. Ces traditions faisaient du sujet le lieu ou l’agent du penser, du sentir et du vouloir. Dans le discours neurochimique contemporain, ces fonctions sont transférées au cerveau lui-même. Ce n’est plus le sujet qui pense, c’est son cerveau. Ce n’est plus le sujet qui souffre, c’est un déséquilibre neurochimique qui produit une souffrance dont le sujet devient le spectateur.
C’est cette transformation par l’expression que Rose désigne de « sujet neurochimique ». L’individu contemporain apprend progressivement à se vivre comme un cerveau dont les états psychiques reflètent l’activité de molécules, de récepteurs et de neurotransmetteurs. On comprend que cette représentation déborde largement le champ de la psychiatrie. Elle traverse les médias, les discours de santé publique, la littérature de développement personnel, les réseaux sociaux et les conversations ordinaires. De fait, elle constitue désormais une composante familière de la culture contemporaine.
L’analyse de Rose présente un intérêt particulier parce qu’elle ouvre à un déplacement important du débat. Pendant de nombreuses années, les discussions sur la psychiatrie biologique se sont concentrées sur la validité des différentes hypothèses neurobiologiques. Les controverses portaient sur la sérotonine, la dopamine, les récepteurs ou les mécanismes moléculaires. Cette focalisation laissait pourtant dans l’ombre une question plus fondamentale. Que devient une manière de comprendre le sujet lorsque l’hypothèse scientifique qui lui a donné naissance perd progressivement sa crédibilité ? La disparition éventuelle du modèle sérotoninergique entraîne-t-elle également celle de la figure du sujet neurochimique ?
Rose répond implicitement par la négative. Cette remarque me paraît essentielle. L’effondrement d’une hypothèse scientifique ne fait pas disparaître les formes de subjectivité auxquelles elle a contribué. Les concepts scientifiques possèdent parfois une histoire sociale plus longue que leur histoire épistémologique. Ils continuent à structurer les représentations collectives bien après avoir cessé d’occuper une position centrale dans les controverses scientifiques.
L’histoire des sciences offre de nombreux exemples de ce décalage entre la révision des connaissances spécialisées et la persistance des catégories ordinaires de compréhension. Les théories humorales ont continué à imprégner le langage médical bien après leur abandon scientifique et les localisations phrénologiques ont durablement influencé les représentations populaires du cerveau malgré leur discrédit rapide au sein de la recherche. Plus récemment, certaines catégories psychiatriques ou psychologiques continuent à circuler dans le langage courant alors même que leur statut scientifique fait l’objet de révisions importantes.
La lecture croisée de Moncrieff et de Rose permetten de verser une nouvelle lumière sur la question. Il devient nécessaire de comprendre comment une certaine conception du sujet s’est historiquement constituée. Cette conception attribue au cerveau un rôle privilégié dans la compréhension de soi. Elle privilégie les explications biologiques, valorise les interventions pharmacologiques et tend à reformuler les conflits psychiques dans le langage des neurosciences.
Une telle évolution ne signifie évidemment pas que les neurosciences seraient dépourvues d’intérêt ou que les traitements pharmacologiques seraient dénués d’efficacité clinique. Le problème soulevé par Rose concerne les transformations de notre culture psychologique. À travers la diffusion des savoirs neurobiologiques, une nouvelle manière de se raconter, de souffrir et d’espérer prend progressivement forme.
La psychanalyse avait déjà profondément transformé la compréhension du sujet en montrant que le « je » ne coïncide jamais entièrement avec lui-même. Le sujet neurochimique décrit par Rose introduit un autre déplacement. Ce qui explique désormais l’expérience n’est plus l’inconscient, mais le cerveau.
C’est probablement à cet endroit que la psychanalyse retrouve aujourd’hui une question fondamentale. Depuis Freud, elle n’a jamais réduit le sujet à un ensemble de mécanismes biologiques. Son objet demeure la manière dont un être humain construit un rapport singulier à son histoire, à son désir, à son corps et au langage. L’émergence du sujet neurochimique ne rend donc pas la psychanalyse obsolète. Elle lui assigne au contraire une tâche nouvelle. Il lui appartient désormais d’interroger les conditions historiques dans lesquelles les individus apprennent à devenir les interprètes neurobiologiques d’eux-mêmes.
Avec cette nouvelle perspective, la question des formes contemporaines de la subjectivité, des modes d’appropriation des savoirs biomédicaux et des transformations de l’expérience psychique dans les sociétés où le cerveau tend progressivement à devenir le principal langage de la personne s’ouvre devant nous. Et, la réponse ne se trouvera pas dans la biochimie neuronale.
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[1] Cette problématique s’inscrit dans le prolongement des travaux de la sociologie des sciences, depuis Ludwik Fleck jusqu’aux Science and Technology Studies, qui ont montré que les faits scientifiques résultent de processus de stabilisation impliquant des communautés savantes, des instruments, des procédures de validation et des dispositifs institutionnels. Voir notamment Fleck (1935/1979), Kuhn (1962/2012), Latour et Woolgar (1986), Knorr Cetina (1999) et Jasanoff (2004). Une réflexion consacrée à la circulation des savoirs scientifiques dans l’espace politique et médiatique est développée dans Simonelli (2026).