« Rien n’est dans l’entendement qui n’ait d’abord été dans le sens, à l’exception de l’entendement lui-même. » Cette célèbre formule de Leibniz structure une grande partie de la philosophie moderne de la connaissance. Elle sépare le donné empirique des conditions a priori qui rendent la connaissance possible.
Karl Otto Apel reprend cette question à sa racine. Quelle est la place du corps dans cette architecture ? Relève-t-il simplement de l’expérience sensible ou participe-t-il déjà des conditions de possibilité de toute connaissance ? En dialogue avec Kant, Heidegger et Jakob von Uexküll, et jusque dans certaines implications de la physique quantique, Apel montre que la théorie classique de la connaissance a largement laissé dans l’ombre le rôle constitutif du corps. Son analyse ouvre la voie à une véritable anthropologie philosophique de la connaissance.
Ce livre occupe pour moi une place toute particulière. Il est né d’un projet élaboré avec Karl Otto Apel lui-même. Au cours d’une conversation, alors qu’il consacrait l’essentiel de son travail à l’éthique de la discussion, je lui demandai s’il avait envisagé de revenir sur les recherches d’anthropologie philosophique qui avaient marqué ses premiers écrits. L’idée l’enthousiasma immédiatement. Son agenda ne lui permettait toutefois pas de reprendre ce chantier. Il me proposa alors de réunir, de traduire et de présenter ses principaux textes sur cette question. Pour cette édition française, il rédigea en outre une préface inédite, spécialement destinée à accompagner ce volume.
Plus de vingt ans après sa publication, cet ouvrage me paraît conserver toute son actualité. Les débats contemporains sur la cognition incarnée, l’intelligence artificielle, les sciences cognitives et la philosophie de l’esprit retrouvent aujourd’hui plusieurs des questions qu’Apel formulait déjà avec une remarquable profondeur.
Date de publication : 8 septembre 2005 ● 106 pages ● ISBN : 978 – 2204076234
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